http://www.fr.eurofound.eu.int///working/health/harassment/conference03.htm

 

Conférence européenne: la prévention de la violence et du harcèlement sur le lieu de travail
Banque Nationale de Belgique, Bruxelles
29 avril 2003

 

Conclusions

 

Olgierd KUTY

Président du Centre de Recherche et

d'Intervention Sociologique

UNIVERSITE DE LIEGE

 

Je vous présenterai les premières conclusions de cette journée en 2 Parties. Compte tenu du large éventail des exposés que nous avons entendus, j'ai opté pour une première partie développant 3 hypothèses sociologiques appuyées sur le rapport de mes collègues de Manchester et ensuite les pistes de solution que nous avons entendues et telles que je les ai comprises.

 

Première Partie. Cherchons à mieux comprendre.

Il est clair qu’un phénomène nouveau est apparu dans le champ du travail, quelque chose qui n’existait pas il y a 15 ou 20 ans. Le tableau de la situation du travail en Europe, dressé dans le rapport de la Fondation Européenne de Dublin est impressionnant. Les données rassemblées donnent une vision convergente sur la nouvelle réalité du travail.

 

Les évolutions du langage sont éclairantes : il y a 40 ou 50 ans, on parlait d’exploitation et d’aliénation. Aujourd’hui, on entend d'autres mots : stress, souffrance, violence, harcèlement. On est passé d'un vocabulaire collectif à un vocabulaire relationnel. Comme sociologue, je recontextualiserai les lanalyses en termes de perversion présentées par Elisabeth Buckspan.

 

Comment comprendre ce tournant ? Je pense que les éléments rassemblés dans le rapport permettent de diagnostiquer ce que l'on peut appeler une crise institutionnelle et j'emploie le terme d'institution au sens sociologique : cad une crise des cadres sociaux qui donnent aux hommes le sentiment d'une maîtrise de leur destin. Ce sentiment de maîtrise collective faiblit aujourd'hui à 3 niveaux et je développerai donc ici 3 réflexions. Cette étape est nécessaire pour bien cerner les objectifs d'une solution.

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En première approche, je partirai des conclusions convergentes des observateurs : tous  ont souligné le nouveau mode d’organisation du travail et la nouvelle GRH qui leur est associée.  L’entreprise  a  créé un nouvel acteur (Une parenthèse : quand je dis entreprise, je vise tous les milieux de travail : entreprises comme  administrations. Mais comme les entreprises semblent avoir initié le mouvement de la nouvelle GRH avant les administrations, j'utiliserai, par simplification, le terme d’entreprise au sens générique de milieu de travail). L’entreprise donc a  créé un nouvel acteur défini  par des notions comme la compétence, la motivation, la flexibilité, l’employabilité, le projet ou le réseau. On a noté les aspects individualisants de cette GRH. Comme ils sont bien connus, il n'est pas nécessaire d’y revenir en détail si ce n’est pour rappeler qu'ils sont aussi en phase avec les attentes de beaucoup de cadres et de travailleurs et explique ainsi son succès. Il est clair que nous nous trouvons devant un nouvel idéal professionnel d’autonomie. Cet idéal exerce un attrait important sur bon nombre de travailleurs (cad ouvriers, employés, fonctionnaires) qui sont intéressés par ces nouvelles formes de travail qui abandonnent le taylorisme, l’enfermement dans l’exécution, et qui insistent  sur l’importance des relations horizontales au détriment des hiérarchiques et des verticales. Beaucoup sont donc parties prenantes : ils sont anti-tayloriens.

Mais on sait maintenant que cette GRH n’a pas que des avantages.  Comme toute solution humaine, elle a des avantages et des inconvénients et les inconvénients sont progressivement apparus. La nouvelle GRH, c’est aussi la perte de quelque chose de fondamental, la disparition d’un monde antérieur qui donnait le sentiment d’une maîtrise collective de l’existence. Et on n'ignore pas  que ce fléchissement s’est joué à deux niveaux. D’abord, celui d'une vision du monde, qu'elle soit marxiste et social-démocrate, ou démocrate-chrétienne. Ensuite un fléchissement organisationnel, qu'il s'agisse des cadres syndicaux ou de la ligne hiérarchique des